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Guide utilisateur — non spécialiste

Simulateur d'anisotropie thermique

Comment un motif de fentes gravées au laser dans un film Ginestium™ apprend à la chaleur à filer dans une direction et à rester bloquée dans l'autre — et comment lire, sans être thermicien, ce que l'outil calcule pour vous.

Outil : Simulateur d'anisotropie thermique Version couverte : 3.1.0 Puce de référence : 49 × 49 mm
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En bref

Sur une puce EFFIBLUE, on veut souvent que la chaleur d'un point chaud s'évacue vite dans une direction (vers un radiateur, un bord de boîtier) sans se répandre dans l'autre (vers un composant sensible voisin). Un film métallique plein conduit pareil dans toutes les directions — inutile pour ce genre de tri directionnel.

La solution : découper le film Ginestium™ avec des fentes très fines au laser, selon un motif régulier. Bien choisi, ce motif laisse la chaleur filer presque librement dans un sens et la freine fortement dans l'autre. Le simulateur calcule, pour un motif et des réglages donnés, à quel point ce tri fonctionne — avant de graver quoi que ce soit pour de vrai.

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À quoi ça sert

L'outil répond à une question concrète : « si je grave ce motif de fentes, avec cette épaisseur de film et sur ce substrat, quelle sera la conduction dans le sens que je veux favoriser (x), et dans celui que je veux bloquer (y) ? » Il donne aussi deux indicateurs de bon sens pratique : le design tiendra-t-il mécaniquement, et les dilatations différentielles film/substrat risquent-elles de le fatiguer au fil des cycles thermiques.

C'est un outil d'exploration avant fabrication : on y règle un motif, on regarde le résultat, on ajuste, et une fois satisfait, on exporte le dessin au format utilisé par la machine de gravure laser.

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Comment ça marche

Le principe des fentes

Imaginez le film vu du dessus, avec des bandes de matière pleine séparées par de fines fentes régulières (remplies d'air, de vide, ou d'un autre isolant). Dans le sens des bandes, la chaleur circule presque sans obstacle : c'est le sens x, celui qu'on veut favoriser. Pour aller dans l'autre sens, elle doit systématiquement traverser une fente — un isolant — ce qui la freine fortement : c'est le sens y, celui qu'on veut bloquer.

x — conduction quasi continue y — bloquée par la fente pont de jonction (tenue mécanique)
Motif « fentes droites » vu de dessus. Les trois autres motifs proposés (coniques, herringbone, hexagonal) inclinent ou courbent les fentes pour ajuster ce compromis x/y, sans changer le principe.

Le résultat de ce calcul, ce sont deux nombres : k_xx (conductivité effective dans le sens favorisé) et k_yy (conductivité effective dans le sens bloqué). Leur rapport k_xx / k_yy est l'anisotropie obtenue — plus il est grand, mieux le tri fonctionne.

Deux chemins de chaleur, pas un seul

Le film ne flotte pas dans le vide : il repose sur un substrat EFFIBLUE nettement plus épais. La chaleur peut donc partir dans deux directions différentes, et l'outil les traite avec deux modèles distincts.

substrat EFFIBLUE — épais interface film — fin chemin latéral (x/y) film + substrat, en parallèle chemin vertical (z) film + interface + substrat, en série
Le chemin latéral (x/y) mélange film et substrat au prorata de leur épaisseur — le film étant très fin, il pèse peu dans ce mélange. Le chemin vertical (z) additionne au contraire les trois résistances film, interface et substrat, l'une après l'autre.

Concrètement : k_xx système et k_yy système tiennent compte de cette dilution par le substrat, tandis que la R_th hors-plan répond à « si la chaleur doit traverser l'empilement verticalement, quelle résistance totale rencontre-t-elle ? ».

L'effet de taille (phonons) — en option

Dans un film très mince, la chaleur ne circule plus tout à fait comme dans un bloc massif : les porteurs de chaleur (phonons) sont gênés par la proximité des bords du film. Plus le film est fin par rapport à leur « libre parcours moyen » (une distance caractéristique propre à chaque matériau), plus sa conductivité réelle chute sous la valeur du matériau massif. La case « Corriger k selon le confinement » applique cette correction si on la coche — elle est désactivée par défaut, à activer volontairement pour les films très fins.

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Les hypothèses du modèle

Un modèle n'est utile que si l'on sait ce qu'il suppose. Voici les hypothèses qui sous-tendent chaque calcul.

Motif infini et régulier

Le calcul suppose un motif de fentes qui se répète à l'identique à perte de vue (une seule « cellule » est résolue puis dupliquée mentalement). En bord réel de puce, le motif s'arrête : l'outil ne modélise pas ces effets de bord.

Régime permanent, pas de transitoire

k_xx et k_yy sont des conductivités en régime établi (le système a eu le temps de se stabiliser). Ce simulateur ne dit rien de la vitesse à laquelle la chaleur se propage dans le temps — c'est le rôle du comparateur de diffusion thermique, un outil compagnon. Conséquence directe, détaillée au nota bene (§10) : la capacité calorifique des matériaux n'intervient nulle part dans ce calcul.

Ponts non résolus par le maillage

Les ponts de jonction mesurent souvent quelques micromètres — trop fins pour la grille de calcul. Leur effet de court-circuit thermique local est ajouté par une formule analytique calibrée (validée à moins de 5 % d'écart contre un solveur haute résolution), pas résolu maille par maille comme le reste du motif.

Effet de taille (phonons) : transport diffusif supposé

La correction de confinement suppose un transport de chaleur « diffusif » — valable pour un film avec un intérieur suffisamment épais. En dessous de 5 nm, cette hypothèse devient discutable (le transport devient plutôt bidimensionnel/balistique) ; l'outil ne désactive pas la correction en silence, il signale qu'on sort du domaine de validité.

Scores mécanique et CTE : indicatifs, pas des mesures

La « fragilité mécanique » et le « risque CTE » sont des scores qualitatifs simples (fraction de matière évidée, densité de ponts, écart de dilatation thermique × amplitude de cyclage), pensés pour repérer vite une configuration à risque — pas le résultat d'une simulation mécanique par éléments finis ni d'un essai de fatigue réel.

Interface thermique traitée comme une résistance simple

La résistance d'interface (R_th interface) est un nombre unique fourni par l'utilisateur, pas un modèle physique de contact — pratique pour explorer sa sensibilité, mais à recaler sur une mesure réelle avant conclusion définitive. Elle n'agit que sur le chemin vertical : voir le nota bene (§10).

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Ce que l'outil ne fait pas

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Comment l'utiliser, pas à pas

  1. Choisir un matériau de film — Ginestium™, graphène CVD, diamant CVD ou cuivre témoin depuis le catalogue, ou « Personnalisé » pour saisir ses propres conductivités. Choisir un matériau préremplit les champs, qui restent librement modifiables ensuite.
  2. Régler le film et le substrat — conductivité dans le plan et hors-plan, épaisseur du film, propriétés du substrat EFFIBLUE (conductivité, épaisseur), résistance d'interface.
  3. Choisir la géométrie du motif — type de design (droit, conique, herringbone, hexagonal), largeur de fente, pas entre fentes, profondeur de gravure.
  4. Régler les ponts de jonction — forme, largeur, période — le compromis entre tenue mécanique et anisotropie.
  5. Lancer le calcul — le résultat analytique idéal (sans pont) apparaît immédiatement ; « Calculer la simulation numérique » lance le solveur complet (avec ponts et forme réelle), en général moins d'une seconde.
  6. Comparer les designs — le bouton dédié rejoue les quatre géométries disponibles à réglages identiques, pour voir laquelle atteint la meilleure anisotropie dans ce cas précis.
  7. Exporter — les réglages complets en JSON (pour les reprendre plus tard ou les partager), ou le motif lui-même en Gerber (.gbr) pour la machine de gravure laser.
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Lire les résultats

k_xx / k_yy (film)
Conductivité effective du film seul, dans le sens favorisé et dans le sens bloqué.
Ratio kxx/kyy
L'anisotropie obtenue. 1 = aucun tri directionnel ; plus le nombre est grand, plus le tri est efficace.
k_xx / k_yy système
Même idée, mais en tenant compte du mélange avec le substrat — souvent plus proche de 1 que le film seul, car le substrat « dilue » l'anisotropie.
Facteur de dilution
De combien le rapport chute entre le film seul et le système complet. Un facteur élevé signale que le substrat écrase la performance directionnelle du film.
R_th linéique x / y
Résistance thermique par unité de longueur dans chaque sens, à titre indicatif — utile pour comparer des configurations entre elles, pas comme valeur de dimensionnement finale.
R_th hors-plan
Résistance thermique totale à la traversée verticale de l'empilement (film + interface + substrat).
Fragilité mécanique
Score qualitatif (faible / moyen / élevé) — à surveiller, pas une garantie de tenue.
Risque CTE
Score qualitatif sur le risque de fatigue lié à la dilatation différentielle film/substrat sous cyclage thermique.
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Avertissements à connaître

L'outil ne masque jamais un cas limite : il calcule quand même, mais prévient.

!
Fente sous-résolueLa grille de calcul n'a pas assez de mailles pour bien représenter une fente très fine par rapport au pas choisi : k_yy devient peu fiable. Augmenter la résolution de grille ou élargir le pas.
!
Sous la capacité laser déclaréeUne largeur de fente inférieure à 90 µm est en dessous de la capacité de gravure laser déclarée pour ce procédé — le motif reste calculable, mais pourrait ne pas être fabricable tel quel.
!
Effet de taille hors domaineLa correction de confinement est demandée sur un film de moins de 5 nm : l'hypothèse de transport diffusif n'est plus vraiment défendable à cette échelle.
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Export & partage

Paramètres (JSON) — exporte tous les réglages de l'outil (matériau, géométrie, substrat, ponts…), pas les résultats de calcul. Utile pour reprendre une session plus tard ou la transmettre à un collègue, qui la réimporte à l'identique.

Gerber (.gbr) — exporte le dessin vectoriel réel du motif de gravure, dans le format attendu par la machine de gravure laser. C'est l'aboutissement pratique de la démarche : une fois le motif validé virtuellement, ce fichier passe directement en fabrication.

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Les calculs, formule par formule

Cette section est la référence technique du guide : elle décrit les formules réellement exécutées par le moteur serveur, dans l'ordre où elles s'enchaînent, et justifie chaque choix de modèle. Elle n'est pas nécessaire pour se servir de l'outil.

Notations

k
conductivité du film dans le plan, W/(m·K) ; k_z hors-plan
k_gap
conductivité du milieu de fente : air 0,026 · vide 0,001 · aérogel 0,015 W/(m·K)
k_sub
conductivité du substrat EFFIBLUE
t_f , t_s
épaisseurs du film (nm) et du substrat (µm)
Λ
libre parcours moyen des phonons du matériau, nm
A
anisotropie intrinsèque du matériau (réglage « k_aniso »)
φ
fraction évidée = largeur de fente ÷ pas
p
profondeur de gravure, en fraction de l'épaisseur du film
R_th,if
résistance thermique d'interface film/substrat, m²·K/W

Étape 1 — Conductivité de départ du film

Si la correction d'effet de taille est cochée, la conductivité saisie est d'abord rabattue :

(1)e_paroi = max(0,05 ; pas − largeur de fente) µm → nm L_c = min(t_f ; e_paroi) k_eff = k · L_c / (L_c + Λ)
Pourquoi cette formule

C'est la règle de Matthiessen appliquée au transport de chaleur. Deux mécanismes gênent indépendamment les phonons : les collisions internes au matériau (libre parcours Λ) et les rebonds sur les parois de la structure (parcours limité à L_c). Les taux de collision s'ajoutent, donc les inverses des longueurs s'ajoutent : 1/Λ_eff = 1/Λ + 1/L_c, soit Λ_eff = Λ·L_c/(Λ + L_c). Comme la conductivité est proportionnelle au libre parcours moyen, k_eff/k = Λ_eff/Λ = L_c/(L_c + Λ).

Le minimum dans L_c dit lequel des deux confinements mord : l'épaisseur du film, ou la paroi de matière restée entre deux fentes. Sur ce simulateur, contrairement au balayage paramétrique, les deux sont plausibles — c'est pourquoi le minimum est pris explicitement.

Le même facteur est appliqué à la conductivité hors-plan k_z : le confinement supprime le transport dans les deux directions.

Étape 2 — Anisotropie intrinsèque du matériau

(2)k_x = k_eff · √A k_y = k_eff / √A
Pourquoi cette formule

Le rapport k_x/k_y vaut bien A, ce qui est demandé. Mais surtout, le produit k_x·k_y reste égal à k_eff² : la moyenne géométrique est conservée. Tourner le bouton d'anisotropie ne change donc pas subrepticement la quantité totale de chaleur que le matériau sait porter, seulement sa répartition entre les deux directions. Avec A = 1, on retrouve exactement k_eff dans les deux sens.

Étape 3 — Conductivité effective de la fente

(3)k_fente = k_gap · p + k_eff · (1 − p)
Pourquoi cette formule

Une gravure à profondeur partielle laisse de la matière sous la fente. Sur l'épaisseur du film, la fraction p du haut est remplie par le milieu de fente et la fraction (1 − p) du bas est encore du film plein. Vu du transport latéral, ces deux couches conduisent côte à côte — en parallèle — d'où la moyenne arithmétique pondérée par l'épaisseur, et non la moyenne harmonique. À gravure traversante (p = 1), on retrouve k_gap.

Étape 4 — Homogénéisation numérique du motif

Le motif est réduit à une cellule élémentaire qui se répète : largeur = période de ponts (ou pas × rapport d'aspect pour l'hexagonal), hauteur = 2 × pas. Chaque maille reçoit k_fente si elle tombe dans une fente, sinon k_x et k_y. On résout ensuite un problème de conduction pure sur cette cellule, deux fois : une fois dans le sens x, une fois dans le sens y.

(4)k_face = 2·k₁·k₂ / (k₁ + k₂) moyenne harmonique
Pourquoi une moyenne harmonique

Entre deux mailles voisines, la chaleur traverse la demi-maille de l'une puis la demi-maille de l'autre : ce sont deux résistances en série, et la conductivité équivalente de deux moitiés égales est leur moyenne harmonique. Prendre la moyenne arithmétique laisserait la chaleur « fuir » à travers une frontière matière/fente et surestimerait systématiquement k_yy — c'est-à-dire précisément la grandeur que l'outil est censé rendre petite. Autre propriété utile : la moyenne harmonique s'annule dès qu'une des deux conductivités est nulle, ce qui fait d'une maille sous vide poussé une vraie barrière.

(5)T_P^new = ( k_e·T_E + k_w·T_W + k_n·T_N + k_s·T_S ) / (k_e + k_w + k_n + k_s) T_P ← T_P + ω · (T_P^new − T_P) ω = 1,9
Pourquoi cette formule

(5) est le bilan de flux en volumes finis : à l'équilibre, ce qui entre dans une maille par ses quatre faces en ressort, donc sa température est la moyenne de ses voisines pondérée par les conductances de face. Balayer toutes les mailles en réutilisant les valeurs déjà mises à jour, c'est la méthode de Gauss-Seidel ; elle converge, mais lentement sur une grille fine. Le facteur ω > 1 (sur-relaxation successive) extrapole au-delà de la correction calculée et réduit le nombre d'itérations d'environ un ordre de grandeur. ω doit rester dans ]1 ; 2[ pour que le schéma reste stable ; 1,9 est la valeur retenue.

Conditions aux limites : température imposée à 1 et 0 sur les deux faces perpendiculaires au sens testé, périodicité sur les deux autres — c'est la traduction numérique de l'hypothèse « motif infini ». Le flux total est mesuré toutes les 50 itérations et le calcul s'arrête dès que sa variation relative passe sous 2×10⁻³, avec un plafond de 6 000 itérations.

(6)k_dir = Σ_faces k_face · (T₀ − T₁) · (n_⊥ / n_∥)

Comme l'écart de température imposé vaut exactement 1 sur toute la longueur de la cellule, ce flux est la conductivité effective, sans normalisation supplémentaire. Le maillage est dimensionné pour donner plusieurs mailles en travers de la fente (44 à 220 mailles en hauteur, 24 à 220 en largeur) et plafonné à 46 000 mailles au total ; au-delà, la grille est réduite homothétiquement, ce qui déclenche l'avertissement « fente sous-résolue ».

Étape 5 — Les bornes analytiques (« analytique idéal »)

(7)φ = min(0,95 ; largeur de fente / pas) k_xx^idéal = (1 − φ)·k_x + φ·k_fente bandes en parallèle k_yy^idéal = 1 / [ (1 − φ)/k_y + φ/k_fente ] bandes en série
Pourquoi cette formule

Pour un empilement lamellaire infini de bandes alternées, ce ne sont pas des approximations mais les solutions exactes : le long des bandes les conductances s'ajoutent, en travers ce sont les résistances. Ce sont aussi les bornes de Wiener — aucune microstructure de même fraction évidée ne peut dépasser k_xx^idéal ni descendre sous k_yy^idéal. D'où leur double usage : affichage immédiat (aucun solveur à lancer) et contrôle de cohérence du résultat numérique, qui doit toujours tomber entre les deux.

Étape 6 — Correction analytique des ponts

Le solveur de l'étape 4 tourne sans les ponts. Leur effet est réintroduit ensuite, analytiquement :

(8)k_fente,0 = φ / [ 1/k_yy − (1 − φ)/k_y ] inversion de (7) sur le résultat numérique f_b = min(0,5 ; largeur de pont / période) × 0,88 si décalage brique k_fente,pont = f_b·k_y + (1 − f_b)·k_fente,0 pont et fente en parallèle k_yy = 1 / [ (1 − φ)/k_y + φ/k_fente,pont ]
Pourquoi ne pas les mailler

Un pont fait quelques micromètres, sur une grille dont les mailles en font plusieurs dizaines. Le résoudre directement demanderait de raffiner la grille partout — un coût d'environ ×100 en nombre de mailles pour un détail localisé. La correction (8) fait mieux avec moins : elle récupère la conductivité de la bande de fente telle que le solveur l'a effectivement calculée, y ajoute le pont comme un court-circuit en parallèle dans cette bande seule, puis réassemble. Le facteur 0,88 traduit le décalage en quinconce : des ponts alternés ne s'alignent pas en un chemin continu et court-circuitent donc un peu moins. L'ensemble est calibré à moins de 5 % d'écart contre un solveur haute résolution.

k_xx n'est pas touché : un pont ajoute de la matière en travers des bandes, il ne change rien à la conduction le long des bandes.

Étape 7 — Passage au système film + substrat

(9)K_xx = (k_xx·t_f + k_sx·t_s) / (t_f + t_s) K_yy = (k_yy·t_f + k_sy·t_s) / (t_f + t_s) rainurage substrat, fraction f : k_sx = (1 − f)·k_sub + f·k_gap k_sy = 1 / [ (1 − f)/k_sub + f/k_gap ] dilution = (k_xx / k_yy) / (K_xx / K_yy) R_lin,x = 1 / [ K_xx · (t_f + t_s) ]
Pourquoi cette formule

Film et substrat sont deux nappes accolées : latéralement elles conduisent en parallèle, chacune apportant sa conductance k·t. Diviser la somme par l'épaisseur totale reconvertit le tout en conductivité équivalente, directement comparable à celle du film seul. C'est aussi l'explication mécanique de la dilution : avec t_f de quelques centaines de nanomètres contre t_s de l'ordre du millimètre, le terme du substrat pèse des milliers de fois plus, et l'anisotropie du film se noie dans la moyenne. Le rainurage du substrat existe pour rendre le substrat lui-même anisotrope — seule manière de faire remonter K_xx/K_yy.

(10)R_z = t_f / k_z + R_th,if + t_s / k_sub m²·K/W
Pourquoi une somme, ici

Verticalement, la chaleur traverse les trois couches l'une après l'autre : les résistances surfaciques s'ajoutent, sans pondération. C'est le seul endroit du modèle où la résistance d'interface intervient — voir le nota bene (§10). Noter que k_z est bien la conductivité hors-plan du matériau, indépendante de celle dans le plan : pour un matériau lamellaire comme le graphène, l'écart atteint un facteur 100, et utiliser la valeur dans le plan rendrait R_z absurdement optimiste.

Étape 8 — Les deux scores indicatifs

(11)b = 1000 · (largeur de pont / période) × 1,4 si pont en té + 0,4 si réseau hexagonal risque = 2·φ − 3·b → > 0,60 élevé | > 0,25 moyen | sinon faible
(12)S = |CTE_film − CTE_sub| · ΔT_cyclage en ppm → > 2500 élevé | > 1000 moyen | sinon faible
Ce que valent ces deux scores

(12) a un sens physique clair : c'est la déformation différentielle accumulée entre film et substrat sur un cycle thermique. 2 500 ppm, c'est 0,25 % d'écart de dilatation — l'ordre de grandeur où la délamination de films minces est documentée. Le score est donc grossier mais ancré.

(11) n'a pas cette prétention : c'est un classement empirique qui oppose la matière retirée (φ, qui fragilise) à la densité de ponts (b, qui consolide), avec deux majorations pour les géométries plus tenaces. Les coefficients 2 et 3 n'ont pas d'unité et ne sortent d'aucun modèle mécanique. À traiter comme un feu tricolore, jamais comme un critère de dimensionnement.

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Nota bene — capacité calorifique et résistances d'interface

Nota bene

Deux questions reviennent régulièrement au sujet des matériaux déposés : où intervient leur capacité calorifique, et que fait-on des résistances thermiques d'interface. Réponses en clair, avec les hypothèses effectivement retenues dans les trois outils thermiques.

1 · La capacité calorifique des couches déposées

C'est le régime qui décide. En régime permanent, la capacité calorifique n'a aucun effet : une fois le champ de température stabilisé, seule la conductivité fixe la répartition de la chaleur. En régime transitoire, au contraire, c'est elle qui, avec la conductivité, fixe la diffusivité thermique α = k/(ρ·c_p) et donc la vitesse d'évolution de la température.

Les trois outils se répartissent donc ainsi :

OutilRégimeρ·c_p du film
Simulateur d'anisotropie thermiquepermanentn'intervient pas
Balayage paramétriquepermanentn'intervient pas
Comparateur de diffusion thermiquetransitoireintervient explicitement

Pour cet outil-ci, ce n'est donc ni un oubli, ni une intégration implicite : l'équation résolue à l'étape 4 est ∇·(k∇T) = 0, où ρ·c_p n'apparaît pas — et le simulateur ne porte d'ailleurs pas ces champs dans ses paramètres. Le catalogue matériaux commun aux trois outils renseigne bien ρ et c_p pour chaque matériau, mais seul le comparateur de diffusion les consomme.

Où ρ·c_p intervient, et comment

Dans le comparateur de diffusion, la capacité entre par la diffusivité effective du système film + substrat :

NB-1(ρc)_film = ρ · c_p · (1 − ψ) ψ = φ · profondeur de gravure (ρc)_sys = [ (ρc)_film·t_f + (ρc)_sub·t_s ] / (t_f + t_s) α_eff = K_xx / (ρc)_sys

Deux hypothèses explicites y sont faites sur les couches déposées. D'abord, la fraction ablatée du film ne stocke rien : le milieu de fente (air, vide, aérogel) est considéré sans capacité utile à ces échelles, d'où le facteur (1 − ψ). Ensuite, ρ et c_p sont pris à 300 K et constants — aucune dépendance en température n'est modélisée.

Les valeurs proviennent du catalogue serveur partagé :

Matériauρ (kg/m³)c_p (J/kg·K)Statut de la donnée
Ginestium™2 100710substitut — carbone pyrolytique synthétique orienté à 300 K ; pas une mesure Ginestium™
Graphène CVD few-layer2 200700littérature
Diamant CVD nanocristallin3 400536mesuré sur film NCD à 302 K
Cuivre (témoin)8 960385littérature, cuivre massif
Substratsaisi par l'utilisateur (défauts 3 900 / 880)

Un matériau « personnalisé » n'a ni ρ ni c_p : dans ce cas le comparateur renvoie explicitement « pas de diffusivité » plutôt que de deviner une valeur.

La limite qu'il faut connaître

La pondération par les épaisseurs écrase la contribution du film. Avec les réglages par défaut du comparateur — Ginestium™ 400 nm sur 10 µm de substrat — le film ne pèse que ≈ 1,6 % de la capacité du système ; portez le substrat à 2 mm et sa part tombe sous 0,01 %. La diffusivité effective est donc, en pratique, « la conductivité latérale du système divisée par la capacité du substrat ».

Conséquence directe : le front de diffusion est très peu sensible au c_p du film. Non pas parce qu'on le néglige — il est bien dans la formule — mais parce que la géométrie de l'empilement lui laisse peu de poids. Le film pèse par son k·t, au numérateur, bien plus que par sa capacité au dénominateur.

2 · Les résistances thermiques d'interface

Elles ne sont pas ignorées, mais leur prise en compte est partielle et hors-plan uniquement.

Ce qui existe. Le paramètre R_th interface de ce simulateur (0 à 100 ×10⁻⁶ m²·K/W, 10 par défaut ; même curseur dans le comparateur de diffusion) entre en série dans la résistance hors-plan — c'est l'équation (10) du §09, rappelée ici :

NB-2R_z = t_f / k_z + R_th,if + t_s / k_sub

Il s'agit d'une seule interface globale film / substrat. Le modèle géométrique ne comporte que deux couches : il n'y a ni empilement multicouche avec une résistance par interface, ni résistance latérale entre grains ou entre motifs.

Un ordre de grandeur utile : pour le graphène (k_z = 6 W/m·K sur 1,675 nm), le terme de film vaut ≈ 3×10⁻¹⁰ m²·K/W, cinq ordres de grandeur sous la résistance d'interface typique. Dans R_z, ce sont toujours l'interface et le substrat qui dominent, jamais le film — c'est vrai aussi du Ginestium™, dont le k_z élevé (1 000 W/m·K) rend le terme de film négligeable.

Ce qui est négligé, et c'est une hypothèse assumée. R_th,if n'entre ni dans l'homogénéisation k_xx/k_yy de l'étape 4, ni dans K_xx/K_yy de l'étape 7, ni dans la diffusivité α_eff du front de diffusion du comparateur, qui l'affiche d'ailleurs explicitement sous le curseur concerné. Le balayage paramétrique, lui, ne porte aucune résistance d'interface : c'est un outil purement dans le plan du film.

Pourquoi c'est défendable, et où ça casse

Pour un transport latéral, la résistance d'interface n'est pas une résistance en série sur le chemin de la chaleur : c'est un couplage entre deux chemins parallèles, le film et le substrat. La négliger revient exactement à supposer un couplage parfait selon z — film et substrat à la même température locale à chaque abscisse, ce qu'on appelle l'hypothèse de plaque équivalente. Elle est déjà implicite dans l'équation (9), qui attribue une seule conductivité au couple film + substrat.

Le régime où elle casse est identifiable : temps courts, ou film très conducteur sur substrat peu conducteur. Le film y prendrait de l'avance sur le substrat au lieu de le tirer avec lui — un effet que le modèle ne peut pas voir. La sensibilité à R_th interface se teste ici même, mais elle ne se lira que sur la R_th hors-plan.

11

Petit glossaire des unités

W/m·K conductivité thermique — watts transportés par mètre de matière et par kelvin d'écart de température ppm/K coefficient de dilatation thermique (CTE) — variation dimensionnelle en millionièmes par kelvin µm, nm micromètre (10⁻⁶ m), nanomètre (10⁻⁹ m) — l'épaisseur d'un film Ginestium™ typique se compte en centaines de nm K/W résistance thermique — l'échauffement (en K) produit par chaque watt qui doit la traverser m²·K/W résistance thermique surfacique — même idée, ramenée au mètre carré de surface traversée J/kg·K capacité thermique massique c_p — l'énergie à fournir pour élever d'un kelvin un kilogramme de matière

Pas besoin de manier ces unités pour utiliser l'outil : les curseurs et champs numériques font l'essentiel du travail. Ce glossaire sert juste à décoder les résultats affichés.